Publié Il y a 1 an

La peur du handicap et de la dépendance

Voir ces hommes et ces femmes en chaise roulante, fortement dépendants pour certains me renvoie à une grande peur que je porte en moi. Je n’en avais pas vraiment conscience avant. Pourtant elle se révèle à moi comme un soleil en plein dans les yeux. Aveuglante. J’en ai presque tremblé le premier jour de mon stage. J’ai beaucoup évité les regards, n’arrivant pas à soutenir ceux qui paraissaient me dire « regarde, tu pourrais aussi devenir comme moi un jour ».  Ces regards me transforment, me renvoient à mes propres limites, ma condition humaine incertaine. Cette même incertitude avec laquelle le monde se bat si maladroitement, et moi avec finalement. Toutes ces publicités, ces personnes qui courent, qui ne sont que dans l’action pour combattre la solitude, l’impossibilité de se confronter à elles-mêmes le temps d’une pause. Ce message qui nous hante de ne pas vieillir, de rester performant, « en bon état », nous conditionne et cultive nos peurs sans y faire face, sans assumer notre condition pourtant inévitable. Parce que la clé est là, regarder sans détours ces peurs qui se présentent à nous, celles principalement liées à notre décrépitude et notre condition mortelle. Il y a un point de non retour, et qui pourrait affirmer que c’est forcément une malédiction ? L’important, me semble-t-il, est de trouver un positionnement personnel juste et en accord avec la réalité, qui je le répète, est inéluctable. Et c’est à cette place, juste, que nous pourrions voir une étincelle de lumière dans tout ce qui pouvait nous paraître sombre, sale, inavouable. Je suis persuadée qu’il y a un ou plusieurs sens possibles, peut-être à créer, qui sait. Certains sages nous ont donné des pistes.